C’est une première pour nous, mais nous avons souhaité soutenir le projet d’un président de club de sports de combat et arts martiaux, qui développe une section handiboxe au sein de son association Blackside Brigoles. Nous nous sommes entretenus avec lui. Il évoque en toute simplicité la naissance de sa section, ses difficultés et surtout ses actions en faveur d’une pratique de la boxe pour tous.

Pouvez-vous vous présenter rapidement ainsi que votre club ?

Je m’appelle David handiboxe blacksideSchrive, j’ai 45 ans et papa de 2 garçons. Je suis un ancien compétiteur amateur en Kickboxing, Grappling et Pancrace 

Blackside Brignoles est un jeune club, né il y a 2 ans. Il se situe donc à Brignoles, dans le Var. On y pratique le Kickboxing, le Pancrace, le Grappling, la Boxe et  le Cross training. Les cours sont destinés à des enfants, ados et adultes.

BlackSide Brignoles, n’est pas qu’une salle de sport, c’est un lieu d’échange interculturel et intergénérationnel dans lequel se côtoient des sportifs de tous niveaux.

Vous avez récemment mis en place une cagnotte participative pour développer votre section handiboxe, pouvez vous nous raconter l’histoire de cette section ?

Je sais de part mon expérience de vie que le sport est un excellent moyen de réinsertion. Un jour, j’ai proposé a une association d’insertion et de réinsertion Brignolaise deux heures de boxe par semaine pour l’ensemble de ses adhérents.  Le président et sa femme sont venus me rencontrer. Après avoir vu mon logo « un loup dans un triangle », cela leur a déplu et ils ont refusé de donner suite à ma proposition par convictions personnelles. J’ai été assez choqué par cette réponse et ai fait un statut sur facebook pour raconter cela. Puis une amie m’a répondu  » moi je veux bien les deux heures pour les patients de mon centre de jour » et j’ai dit oui . J’ai alors établi un protocole avec le Centre Hospitalier Henri Guénin ( qui regroupe plusieurs centres ) et voila comment cela a débuté.

Ensuite un jeune rugbyman, qui s’entraine à Blackside Brignoles, m’a fait part du désir de son frère trisomique de faire de la boxe. Dans la continuité j’ai ouvert un créneau le vendredi.

Combien avez vous d’élèves à ce jour ?

Le groupe du Centre Hospitalier est composé de 7 ados et le vendredi Christophe est seul dans la section pour l’instant

Intégrez vous les élèves handicapés dans les cours classiques ? Le cas échéant, pensez vous que cela est tout de même possible ?

Je leur ai débloqué des créneaux spéciaux en dehors des autres cours car je crains qu’ils aient du mal à supporter le comparatif avec les enfant dit  » normaux ». Mais surtout, ils ont besoin d’une grande attention, d’exercices spécifiques, afin de ne pas vivre l’échec. Je mets donc en place des entraînements où tout est réalisable pour eux. A ce jour, je n’intègre donc pas d’élèves handicapés dans les cours classiques. Et j’avoue ne pas avoir réfléchi à la possibilité de le faire pour le moment.

Comment vous organisez vous au sein du club ? Êtes vous seul sur les cours ?

J’ai donc 3h de cours / semaine  dédié à ce public sur des créneaux spéciaux. Et je suis accompagné de Manon Leclerc, jeune BMF 1 de 16 ans.

Avez vous suivi une formation spécifique au handicap ?

Je n’ai aucune formation spécifique. Le club a ouvert depuis 2 ans, et sa gestion me prend énormément de temps. J’ai peu de temps libre pour faire une formation, mais pourquoi pas un jour.

Selon vous, les fédérations auraient-elles à gagner en proposant plus de formations « sport adapté » en plus des Brevets de moniteurs, DEJEPS … ?

J’avoue que je suis plus adepte des compétences acquises par l’expérience plutôt qu’en obtenant des diplômes. Mais oui, la FFKMDA pourrait proposer des formations spécifiques. Après la fédération autorise à enseigner sans diplôme particulier. Ce serait alors un vrai choix.

Vous donnez des cours de Kickboxing, comment adaptez vous les exercices à chaque handicap ? Matériel spécifique ? Durée d’entrainement plus courte ? …

Je travaille beaucoup à l’intuition, mais suis sans cesse en train d’observer les signes comportementaux.

Je handiboxen’ai pas construit un cours spécial personnes handicapées. J’essaie vraiment de rester sur un cours dit « normal », que je pourrais faire avec les autres licenciés du club. Mais je m’adapte aux problèmes de motricité et de compréhension et reste toujours très attentif.

Un cours dure 1h. L’heure se répartit de la façon suivante

  • 10/15 minute de cardio ( rameur / footing leger ….)
  • 15 min de renforcement musculaire à poids de corps ou avec de petites haltères de 1.5kg 
  • 20 min de travail technique aux paos avec de temps en temps un assaut
  • 10 min de  retour au calme avec stretching et étirements

Pas de matériel spécifique sur mes cours non plus.

Quelle est votre approche du handicap ?

Mon avis est qu’il faut se comporter de la même façon qu’avec un public classique. J’essaie de ne pas faire de différence. Souvent les personnes handicapés sont sujettes à une vision différente de la part des gens.  C’est un cliché qui a la vie dure. Alors si je peux, dans le cadre de l’entraînement faire en sorte que mes élèves handicapés se sentent comme tout le monde, alors j’aurais gagné mon pari. Ce projet s’intègre dans un projet plus général, qui vise à lutter contre toutes les formes de discrimination et de préjugés dont peut être victimes une partie de la population.

Quel regard portez-vous sur le développement du handisport en France ?

Je vois qu’aujourd’hui, de plus en plus de personnes essaient de développer le handisport et je trouve ça très bien . Les sportifs handisports sont de vrais champions comme les autres. Ils doivent être mis à l’honneur. 

Fait-on suffisamment pour développer le sport auprès de ces publics selon vous ?

J’ai voulu équiper ma salle d’un sanitaire handicapé. Cela coutait 8000 euros. J’ai alors demandé une subvention à la région qui m’a répondu négativement. A ce jour, je ne peux donc malheureusement pas accueillir certains handicapés, alors que j’aurais la volonté de le faire.  Alors oui, on développe petit à petit l’accessibilité des personnes handicapées aux salles de sport, clubs, mais ce n’est pas encore suffisant.

Les matériaux coutent très chers et les normes sont très exigeantes. On devrait plus aider les associations, qui souhaitent intégrer des personnes handicapées.

J’ai pris une jeune service civique pour m’aider à développer la section handi boxe. Cela reste malgré tout assez compliqué de faire bouger les choses, notamment quand les gens entendent le mot « boxe ».

De même au niveau des compétitions, il en existe aussi pour ce public. Nous allons d’ailleurs emmener Christophe sur une en Suisse en avril 2018. Mais c’est grâce à l’organisateur que nous pourrons y aller car il a tout pris en charge. Je n’aurais jamais pu le faire à ma charge…

Que faudrait-il améliorer ?

Il faut une réelle volonté de l’Etat et des collectivités. Plus d’aides pour les structures privées comme la mienne. Une prise de conscience collective et politique permettra d’améliorer la situation du handisport

Mais il faut également que des coaches aient envie de s’investir dans un projet comme celui-ci. 1 à 2 heures par semaine ce n’est pas grande chose au final, quand on a la volonté de !